Notre langue est riche en expressions françaises issues de l’univers de la couture et c’est logique. Cela fait des siècles que les hommes se fabriquent des vêtements et l’outillage n’a pas évolué depuis des siècles également. Rappelons que l’invention de l’aiguille date de la préhistoire, et l’aiguille comme on la connait actuellement date de 1790. Nos expressions françaises sont souvent issues d’une représentation imagée de notre quotidien. Et oui, on apprenait la couture à toutes les jeunes filles avant !
Quelques expressions françaises issues de la couture
Cousu de fil blanc :
Qualifie une intrigue, une explication grossière, mal faite, et dont on ne peut cacher l’évidence.
En couture, lorsqu’il s’agit de recoudre un tissu, il est de bon ton de choisir un fil proche de la couleur de l’étoffe. C’est pourquoi si l’on coud un tissu foncé avec un fil blanc, la couture qui devait être discrète et cachée se retrouve bien visible. Au sens figuré, ce sens est reporté à toute entreprise qui tente de dissimuler quelque chose de manière maladroite et évidente.
Fin XVIéme siècle
Battre à plate couture :
Vaincre complètement ; battre complètement ; donner une raclée à ; rouer de coups ; défaire vigoureusement lors d’une bataille ou d’une guerre ; battre très nettement ; terrasser ; écraser.
L’expression existe depuis le XVe siècle, sous la forme « rompre à plate couture ».
Il faut dire qu’à l’époque, les étoffes étaient épaisses et raides. Par conséquent, les coutures et autres ourlets, qui étaient des surépaisseurs de ces tissus, étaient extrêmement raides. Les tailleurs qui avaient bien assimilé leur métier, mais qui n’étaient pas forcément riches, avaient donc pour habitude d’aplatir les épaisses coutures pour les rendre un peu plus souples. Cela se faisait soit en les cousant une deuxième fois, soit à l’aide d’un carreau, ancien gros fer à repasser, soit enfin en les frappant vigoureusement à l’aide d’une latte. Cette opération se disait « rabattre les coutures ».
De cette opération, est née au XVIe siècle l’expression « rabattre la couture à quelqu’un » pour « le rosser », comme si le fait de le frapper rabattait les coutures du vêtement que le malheureux portait.
Assis en tailleur :
Dans la position des anciens couturiers : assis à même le sol, jambes croisées et repliées sous soi. C’est la position dite « du lotus » en yoga.
Dans l’Antiquité et récemment encore dans les pays d’Orient et d’Afrique, les artisans travaillaient assis sur le sol ou sur leur table de coupe, jambes croisées et repliées sous eux, position qui donne une certaine stabilité et permet le travail manuel.


Quelques expressions françaises autour du vêtement

Les expressions françaises autour du vêtement sont également très nombreuses.
- Être dans de beaux draps
- Avoir quelqu’un à ses trousses
- Collet monté
- Opiner du bonnet
- Coller aux basques
- Être tiré à quatre épingles
- Ne pas faire un pli
- Retourner sa veste
- Être à côté de ses pompes
- Être sur son 31
- Porter la culotte
- Être dans ses petits souliers
- Changer d’avis comme de chemise
- Se retrousser les manches
- Se serrer la ceinture
- Aller comme un gant
- Laver son linge sale de famille
- Avoir le petit doigt sur la couture du pantalon
- Ne pas faire dans la dentelle
Quelques expressions françaises autour du fil et de ses outils
De fil en aiguille, nous pouvons continuer cette liste d’expression autour du fil et de ses outils.
- De fils en aiguille
- Tirer son épingle du jeu
- Chercher une aiguille dans une botte de foin
- Raide comme un passe-lacet
- Filer un mauvais coton
- Un fil d’Ariane
- Filer un mauvais coton
- Faire la navette
- Donner du fils à retordre
- Filer doux
- C’est coton !
- Perdre le fil
- Tisser des liens

Mes expressions favorites
Faire passer un chameau par le chas d’une aiguille :
Tenter quelque chose d’impossible ou de très difficile ; essayer l’impossible.
Cette expression nous vient de loin, puisqu’il faut remonter au Christ pour en connaître l’origine.
Selon la Bible, à cette époque, il était un homme riche qui respectait scrupuleusement tous les commandements et souhaitait donc ardemment obtenir la vie éternelle, mais qui refusait obstinément de distribuer ses biens aux pauvres, montrant ainsi son attachement profond aux biens matériels et montrant également que le renoncement à la richesse était difficile, voire impossible.
C’est à propos de ce riche que Jésus dit : « Je vous le dis, il est plus aisé pour un chameau d’entrer par le trou d’une aiguille, que pour un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » (Évangile selon saint Matthieu, XIX, 24)
Collet monté :
Raide ; guindé ; pédant ; rigide sur les manières et les principes ; tendu ; prude ; affecté ; rigide dans ses manières ; pudibond ; prétentieux ; traditionaliste.
Les dames de la cour autour de Catherine de Médicis aimaient bien lancer des modes, dont celle du collet monté. C’est une pièce de tissu enroulé autour du cou (d’où le ‘collet’) et rigidifié vers le haut (d’où le ‘monté’) à l’aide de carton, de fil de fer et d’empois, une substance collante et épaisse à base d’amidon, destinée à ’empeser’ le tissu.
Cette mode déclinera sérieusement après la disparition de Médicis, mais la raideur de l’objet et l’apparence guindée de celles qui le portaient ont suffi à faire de l’objet un qualificatif appliqué, entre autres, aux personnes ayant un comportement rigide, un peu comme les vielles femmes aigries et promptes aux critiques, catégorie de personnes qu’on disait collet monté.
Et si le terme collet monté est aussi associé à la pruderie, c’est parce que, compte tenu de la fragilité de l’objet, la moindre tentative d’amorce de début de commencement de galipettes le mettait complètement à mal. On était donc certain que toute femme portant un tel collet en parfait état ne venait pas de se faire trousser dans une quelconque alcôve discrète.
Tomber en quenouille :
Être laissé à l’abandon ; perdre de sa valeur ; perdre de sa force.
Le sens initial de la locution, au XVIe siècle, était « passer, par succession, dans la propriété d’une femme ».
Si déjà, la signification première est quelque peu misogyne, son évolution ne l’est pas moins.
En effet, si un domaine tombait en quenouille, expression méprisante, c’est parce qu’il aboutissait dans des mains tout juste bonnes aux travaux ménagers, dont le filage de la quenouille.
Puis, si le domaine était laissé à l’abandon ou s’il perdait de la valeur (sens actuel depuis le début du XXe siècle), c’est bien parce que la femme qui en avait hérité était incapable de s’en occuper correctement.


Connaissez-vous d’autres expressions de la langue française issue de la couture ? Laissez en commentaire ou partager mon article si ça vous a plu ;).
